Du Cabiau à Kinshasa

Mbote na yo!

11 juillet 2008

De port en port…

Pointe_NoireIl y a en un an, ma vie sociale à Kinshasa était encore trop « naissante » pour que je ressente vraiment le phénomène. Cette fois, je le prends de plein fouet… comme un retour de boomerang. Et oui, les amitiés d’expatriés sont éphémères.

A beaucoup d’égards, l’expatriation est exaltante. D’une part, c’est l’occasion de découvrir un autre univers, de s’imprégner d’une autre culture. En soi, c’est déjà une richesse inestimable. Si on a la chance de trouver un pays accueillant et d’en parler la langue, les amitiés se créent naturellement. C’est à travers elles que l’on va progressivement apprivoiser le pays, en comprendre la culture et le fonctionnement.

Mais à côté des liens très forts que l’ont peut tisser avec les « locaux », une part importante de la vie sociale est partagée avec d’autres expatriés. Je voulais vous en parler un peu aujourd’hui.

A la descente de l’avion, on est tous perdus. On veut tout voir, tout comprendre mais on manque de repères. On cherche tous azimuts et rapidement on se rend compte qu’on est pas seul dans le cas. D’autres empruntent la même route de l’aventure. Certains, plus anciens, sont même un peu plus loin. Alors, confrontés aux mêmes surprises, aux mêmes incompréhensions, on se retrouve, on échange et on avance.

Cabiau__Fabien_et_MotchiEvidemment, chacun va à son rythme. Les plus entreprenants connaissent déjà le Lingala quand d’autres se demandent toujours qui est Kabila. Les uns ne jurent que par "la cité" alors que certains refusent de sortir de Gombe. En fait, chacun réagit à sa manière au choc culturel. Souvent, cela dépend de l’histoire personnelle de chacun. Les vieux baroudeurs qui en sont à leur dixième pays d’Afrique sont peut-être moins enthousiastes à l’idée de manger de la chèvre au milieu du brouhaha et des gaz d’échappements. Mais les écouter parler n’en est pas moins intéressant. 

De manière générale, les « mundele » que l‘on rencontre sous ces latitudes ne laissent pas indifférent. Qu'on apprécie ou non leurs motivations, il faut tout de même un peu de détermination et de suite dans les idées pour atterrir sous l’équateur. Mais évidemment dans le tas, on trouve de tout : des saints comme des brigands. J’étais à peine arrivé que l’un d’eux me disait que la différence entre un touriste et un raciste était une question de semaines. Vous l’aurez compris, à chacun de faire son tri.

IMG_1994A côté de ceux là, on trouve forcément une foule de semblables, des gars qui se retrouvent là pour les mêmes raisons que toi. De surcroît, à Kinshasa, les compatriotes du plat pays ne manquent pas. Souvent, il ne faut pas le dire deux fois. Le courant est immédiat. Avec de tels points communs et confrontés aux mêmes défis, les amitiés sont... fulgurantes!

Mais voilà, toute médaille a son revers. Je l’avais peut-être un peu oublié, mais ces amitiés sont condamnées… La précarité des contrats des coopérants et leur soif de découverte en font des voyageurs invétérés. Après trois ans à Kinshasa, on est déjà un dinosaure, après cinq on est complètement fossilisé. Voilà pourquoi il faut garder à l’esprit que les belles rencontres que l’on peut faire ne seront qu’éphémères.

Chaque été vient la période des grands remaniements. L’exode précède les nouvelles arrivées. Les « Au revoir » sont généralement des « Adieu ». Je comprends désormais que les années passant, les vétérans s’investissent moins qu’avant dans les nouvelles relations. Ce sera sans doute également mon cas… jusqu'au jour où moi aussi, je ferai mes valises.

Posté par cabiau à 14:15 - Réflexions perso - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juin 2008

Mon boulot en video : le PAIDECO...

Certains l'attendaient depuis longtemps. D'autres se demandaient ce que je pouvais bien faire à Kinshasa depuis un an et demi. Les plus créatifs me voyaient déjà dans le coltan, les diamants ou les services secrets. Ceux-là seront déçus. Je vais enfin expliquer ce qui m'a amené sous les tropiques. Une belle petite vidéo va même le faire à ma place. Je vous présente ici le PAIDECO*, mon boss, la commune de Kisenso, mes collègues... ma vie quoi!

* PAIDECO = Programme d'Appui aux Initiatives de Développement Communautaire initié par la Coopération Technique Belge en République Démocratique du Congo. Le PAIDECO est actuellement présent à Kinshasa, Boma, Kikwit et Lubumbashi. Dans les prochains mois, cinq autres sites seront installés.

Posté par cabiau à 08:23 - Au boulot - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2008

Pour ne pas exploser, Kinshasa se paie vers le bas...

affiche_Enfant_2004_2Il y a quelques jours, c’était le festival du film européen de Kinshasa. Pas grand-chose à voir avec le festival de Cannes, ses strass et ses paillettes. Ici, plus modestement, les différentes ambassades du vieux continent sont invitées à partager une création de leur cru avec les cinéphiles congolais.

C’était l’occasion pour moi de découvrir une palme d’or des frères Dardenne dont la projection avait été proposée par l’ambassade de Belgique. Du cinéma social, excellente stratégie pour ôter aux spectateurs étrangers toute envie d’émigrer en Belgique. 

La soirée était agréable. Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce qu’un message d’erreur apparaisse au milieu de l’écran. L’icône prenait un tiers du cadre et rendait la visualisation du film vraiment difficile. Pourtant, pas un bruit dans la salle. Pas même un murmure. Au bout de dix minutes de rage grandissante, Charline qui se trouvait à côté de moi se décide à crier : « Il n’y aurait pas un responsable dans cette salle pour arranger cet écran ? C’est vraiment gênant ! » Toujours rien ! Elle se lève, va chercher de l’aide… sans succès. La salle apathique continuait à regarder ce film à peine visible sans broncher. Il en fût ainsi jusqu’à la fin.

Si l’œuvre des frères Dardenne a été gâchée, et je ne vous cache pas mon amertume du moment, l’expérience n’en fût pas moins intéressante. En effet, après réflexion, il me semble que l’on peut voir dans l'attitude de cette salle un début d’explication à l’absence d’émeutes de la faim à Kinshasa.

Observant la vie à Kinshasa, la pénibilité du quotidien, on est en droit de se demander comment il est possible de survivre dans un tel environnement. Comment cette ville n’entre-t-elle pas dans une colère dévastatrice ? Comment ne plonge-t-elle pas dans le chaos alors que les structures étatiques semblent encore bien fragiles pour pouvoir l’en empêcher ? Sans structures formelles efficaces, cette ville devrait se désintégrer ou au moins, mourir à petit feu.

kimLa montée des prix des denrées alimentaires devait être la goutte, la dernière, celle qui ferait déborder le vase. Et pourtant non!  Pas encore. Kinshasa continue à vivre, à porter son fardeau. Sa souffrance est un peu plus intense aujourd’hui qu’hier mais l'équilibre tient toujours. Curieusement, cette stabilité est peut-être moins fragile qu’il n’y paraît. Kinshasa supporte.

On dit chez nous qu’il faut laisser l’indignation aux nobles causes. Ici, les causes ne semblent jamais assez nobles pour se révolter. Plusieurs décennies d'un régime progressivement décadent et une interminable transition ont cassé le ressort de la population. Beaucoup ont perdu l’espoir et la souffrance est aujourd’hui supportée avec une certaine fatalité.

Au fil des ans et des désillusions, s’est développée une réelle tolérance à la médiocrité. N'espérant plus rien recevoir rien d’en haut, la population accepte docilement toute une série d’anormalités qui font son quotidien : des infrastructures exsangues, les coupures d’eau et d’électricité quotidiennes, des conditions de transport inhumaines, des salaires impayés, une corruption prédatrice… L’apathie de la salle devant ce film à peine visible reflète un peu cet abaissement du niveau général d’exigence. Accepter parce que toute autre attitude serait vaine.

Kinshasa a ainsi pris le pli de l’indolence. Et c’est probablement cette posture face à l’adversité, cette tolérance à la médiocrité qui lui permet précisément de survivre sans sombrer dans le chaos. La débrouille individuelle plutôt que la révolte collective. Voilà le secret de la stabilité.

Av_KasaiMais cette débrouille généralisée a un prix. A tous les niveaux de la société, chacun tente de profiter au maximum de son influence, de ses privilèges. Autrement dit, désespéré de recevoir quelque chose d’en haut, chacun se paie vers le bas. Chacun marche sur ceux qu’il peut écraser. Plutôt que de revendiquer sans espoir, on use de son pouvoir, aussi petit soit-il, pour encaisser les chocs et s’adapter à l’adversité.

C’est ainsi que la hausse des prix est digérée par la société. Chacun exigeant un peu plus de ceux sur qui il exerce une forme ou une autre d’influence. Le policier demandera un peu plus à l’automobiliste, le journaliste à l’homme politique, l’enseignant aux parents d’élèves… et ainsi de suite. Reste qu’une frange importante de la population se trouve forcément en bas de cette pyramide sociale. Ceux là n’ont personne sur qui se payer pour compenser la hausse des prix. Mais ceux là sont à ce point marginalisés, à ce point fragilisés qu’ils n’ont aucun moyen de contester le système. Ils encaissent les chocs, impuissants, développant un peu plus leur tolérance à la souffrance… jusqu’au jour du point de non retour. Le jour de la goutte d’eau qui, comme au début des années 1990, plonge la ville dans le chaos et redistribue les cartes du jeu… l’espace d’un instant. 

Posté par cabiau à 12:28 - Réflexions perso - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 avril 2008

L'union fait la force...

DeGucht280408250Depuis quelques jours, Kinshasa ne parle plus que de ça. Pour être plus précis, on ne parle que de lui. Lui, c’est notre bulldozer des affaires étrangères. Une fois encore, il s’est illustré par sa finesse et son sens de la diplomatie. Et dire que la dentelle est une spécialité brugeoise et le compromis, une affaire belge...

Sur le fond, personne ne peut lui donner tort. La corruption gangrène le Congo et certains n’hésitent pas à profiter de leur situation pour s’accorder des privilèges qui dépassent l’entendement. Fermer les yeux serait de la complicité. Mais il y a le moment et la manière de l'ouvrir. On ne s’adresse pas au président légitimement élu d’un Etat souverain comme on le ferrait à son fils ou à un mauvais élève. Pourquoi cette sortie publique humiliante ? Pourquoi ne pas avoir souligné les progrès réalisés ? On peut se demander les motivations de cette « franchise » inhabituelle.

de_gucht_chineCurieusement, ce n’est qu’à Kinshasa que Monsieur De Gucht suscite la polémique. Les Congolais seraient-ils plus susceptibles que les autres ? Non. Je pense que notre ministre leur réserve des propos qu’il ne se permet pas ailleurs. Je ne me souviens pas avoir déjà entendu Monsieur De Gucht s’adresser de la sorte à un autre chef d’Etat. Sommes-nous allés à Washington pour dénoncer publiquement les atteintes aux droits de l’homme de Guantanamo ? Sommes-nous allés à Pékin pour parler haut et fort de liberté d’opinion ? Au contraire, ceux-là ont droit à nos « missions économiques » princières et aux discours consensuels. En revanche, il semble qu’au moment de s’adresser au Congo, certaines autorités belges ne peuvent se défaire de vieux réflexes paternalistes, une arrogance d’un autre âge.

D’aucuns y voient aussi une réaction épidermique par rapport aux nouveaux contrats passés avec la Chine. La Belgique réclamerait son du après son investissement dans le processus électoral. Les sorties de notre ministre traduiraient donc une certaine jalousie. La Belgique manifesterait ainsi un sursaut d’orgueil. Ses intérêts géo-stratégiques seraient menacés. Son influence en péril… Je ne le crois pas.

mineCertes, les opérateurs économiques occidentaux ont ri jaune en voyant les chinois leur damer le pion. Les Belges ont été logés à la même enseigne. En business pas de droit d’aînesse.  Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Les grands investisseurs étrangers en RDC ne sont plus de chez nous. Les forestiers, les miniers, les diamantaires, les importateurs… sont ici indiens, américains ou sud africains. Si quelques entreprises belges ont pu se sentir lésées par le « troc du siècle » avec la Chine, je ne pense pas que cela puisse dicter la politique étrangère de la Belgique. Selon moi, le motif économique n’explique pas les excès de notre ministre. Je dirais même que c’est parce que la Belgique n’a plus trop à y perdre qu’elle peut se permettre une franchise déplacée.

albert_premierPersonnellement, je suis plus enclin à penser que les  propos de Monsieur De Gucht sont dictés par une opinion publique flamande conquérante et décomplexée, pragmatique et intransigeante. Fière de sa réussite économique, la classe politique flamande traite aujourd’hui avec le Congo comme elle l’a fait avec la Wallonie en déclin. Sure de ses méthodes, elle se présente en donneuse de leçon. Elle se sent investie d’une mission : remettre de l’ordre dans tout çà.

Dans le cas qui nous occupe, Monsieur De Gucht est coiffé d’une casquette fédérale. Mais à travers son discours, il se fait le relais de l’électorat flamand. Ses propos ne reflètent pas la position belge parce qu’il n’y a pas « une » position belge. Les incohérences au sein même du gouvernement illustrent clairement la dualité de notre opinion publique.

StanleyLa Belgique a toujours été le point de rencontre des cultures latines et germaniques. Aujourd’hui, cette incapacité à tenir un discours cohérent vers l’extérieur traduit à merveille ce conflit d’influences. Dans le chef des politiques francophones, on perçoit une démarche plus proche de la logique « France-afrique » alors que la diplomatie à la flamande ne s’encombre pas de copinages et de langue de bois. A priori, je préfère le franc-jeu flamand à l’hypocrisie de certains discours. Mais l’honnêteté ne doit pas nous dispenser de respect.

Les liens entre nos deux pays sont très particuliers. Nous sommes intimement liés et la Belgique peut jouer un grand rôle dans la reconstruction du Congo. D’abord parce que l’expertise belge en Afrique centrale est de grande qualité. Mais aussi parce que la Belgique est et restera le meilleur avocat de la RDC sur la scène internationale. L’engagement important de l’Union Européenne au Congo n’est pas le fruit du hasard. 

Il n’y a pas de doute, nous avons l’un et l’autre tout à gagner d’un partenariat fort et ambitieux entre nos deux Etats. Le Congo est en ruines et la Belgique est un confetti dans le monde. Travailler ensemble est une nécessité. Mais pour cela, il faudra commencer par respecter ce pays. Le traiter d’égal à égal…

Posté par cabiau à 16:00 - Réflexions perso - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 avril 2008

Standard champion de Belgique... grâce à un Kinois!!

galery_690_5793galery_690_5783galery_690_57670846_080421kra033_jpg_0JZNWVICgalery_690_57951028_080421kra051_jpg_0JZO002C C'est un enfant de Binza, un pur talent kinois, qui a offert au Standard le titre que nous attendions depuis un quart de siècle. Dieumerci Mbokani a déposé à deux reprises le ballon au fond des filets de l'ennemi anderlechtois. Le rêve est devenu réalité. Malheureusement, j'étais un peu seul pour fêter ce jour historique...

Posté par cabiau à 11:30 - Les aventures - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 avril 2008

A quand les émeutes de la faim...

crash_gomaAlors que les 5 chantiers du Président pointaient enfin le bout du nez, voilà que le sort s'abat une nouvelle fois sur le Congo-Kinshasa. Pourtant, le pire n'est pas là où on croit...

A la une des médias, on apprend qu'un avion est encore tombé sur la RDC. Cette fois, c'est un gros porteur, avec une centaine de passagers à bord. Il était affrété par la meilleure compagnie du pays. Faut pas demander... Mais le principal drame de ce printemps 2008 n'est pas celui-là. Il est plus sournois.

C'est bien connu, un arbre (ou un avion) qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pourrit. Et en matière de douleurs oubliées, la RDC a déjà donné. Le pays vient de connaître le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale sans émouvoir outre mesure les médias occidentaux. Un avion qui tombe suscite l'émoi et l'intérêt journalistique. Comme les moines tibétains, c'est un symbole fort qui touche les gens. Alors, quelques voix se lèvent et l'opinion s'indigne... un peu.

march_Je ne conteste pas la pertinence de certaines causes médiatiques. Mais je constate seulement qu'il y a deux poids, deux mesures. L'Afrique souffre en silence de ses trous noirs (cfr. BHL). Ces concentrations de misère et de douleur auxquelles personne ou presque ne s'intéresse. Les victimes somaliennes ou congolaises ne bénéficiceront jamais du feu des médias... pas l'ombre d'une caméra. Ils faut croire que ces dizaines de milliers de femmes violées, ces centaines de villages pillés et ces populations terrorisées méritent moins de considération que l'équipage d'un voilier de luxe. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi. 

Aujourd'hui, un nouveau drame se profile avec la flambée des prix. Des millions de personnes voient la famine fondre sur elles. Ce matin, je lisais dans la presse locale : "En moins d’une semaine, les prix des produits de première nécessité ont quasi doublé sur le marché kinois. Les mamans déboussolées ne savent plus à quel saint se vouer." En silence, ces prix ont pris l’ascenseur. La mesure de farine de manioc est soudainement passée de 100 à 150 fc, celle de maïs de 150 à 200 fc. Le sucre a augmenté de 25% en quelques jours et les haricots de 50%.

L'inflation, c'est moins impressionnant que la chute d'un Antonov. C'est moins sexy. Pourtant les conséquences risquent d'être bien plus catastrophiques. Faut-il attendre des émeutes de la faim à Kinshasa pour espérer une réaction?

Posté par cabiau à 17:53 - Réflexions perso - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 avril 2008

TP Staff BM en sigle...

staff_bmVoici en primeur le poster officiel 2008 du Tout Puissant Staff Bon Marché. A l'instar de son grand frère Lushois, le TP Mazembe, notre jeune équipe s'apprête à rafler tous les trophées. Notez au passage ses deux recrues "mundele" dont le rôle principal est de déforcer l'équipe. On appelle ça le respect de l'adversaire...

Posté par cabiau à 13:25 - Les amis - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mars 2008

Ceci n'est pas une fiction...

potenceVoilà un an que je passais tous les jours devant cette étrange potence. Un vestige d’une autre époque dont je me demandais bien l’utilité passée. Elle trône sur le boulevard Kasa-Vubu dans la commune de Bandal. Je me disais qu’elle avait du en son temps suspendre un panneau de signalisation… une publicité peut-être.

Je n’en avais pas fait une obsession. La question ne m’empêchait pas de dormir. Ce genre de mobilier urbain désuet n'est pas rare à Kinshasa. A vrai dire, j’en avais complètement oublié l’existence… jusqu’à jeudi dernier.

Alors que je partageais une Primus avec un ami dans un vieux bar du centre ville, un « papa » s’est présenté à nous avec un guide touristique du Congo-Belge rédigé en flamand en 1958. Ce genre d’ouvrage attire généralement mon attention. Il y a souvent quelques perles à y découvrir. Le pays a tellement changé…

Mais quelle ne fut pas ma surprise d’y retrouver la vieille potence de Bandal. Sur la photo, on l’aperçoit surplombant… un bus!?!? En une photo, ma curiosité était aiguisée. Je devais en savoir plus. Cette ville aurait-elle connu des transports publics performants? De l’électricité de qualité??? Il fallait faire la lumière…

gyrobus_leopoldstadLes technologies modernes m’ont rapidement permis d’élucider le mystère. Sur internet, j’ai ainsi pu découvrir que Léopoldville avait servi de laboratoire géant pour un réseau de transport en commun… hors du commun. Au début des années cinquante, une firme suisse avait mis au point un nouveau type de bus révolutionnaire. Le Gyrobus : un véhicule électrique sans câble jamais rencontré auparavant.

Le concept technique est fascinant. Il mérite le détour. Pour faire simple, une borne électrique de rechargement est installée tous les deux kilomètres et permet de relancer un volant de 1500kg (1,6m de diamètre) suspendu sous le véhicule. Celui-ci, en tournant à très grande vitesse (3000 tours/min.), emmagasine l’énergie nécessaire pour rejoindre l’arrêt suivant. Il faut alors 30 à 120 secondes pour faire le plein d'énergie en redonnant au volant sa pleine rotation.

reisgidsLes 12 gyrobus de Kinshasa parcouraient alors quatre lignes. Ils pouvaient chacun embarquer 90 personnes à plus de 60km/h.

Seules trois villes au monde ont vu circuler ces véhicules précurseurs : la ville suisse du constructeur, Gand et Kinshasa.

Malheureusement, on ne peut pas dire que l’initiative ait été couronnée de succès. Après quatre ou cinq années de fonctionnement, les gyrobus ont disparu de la circulation. Plusieurs raisons ont été évoquées. Les véhicules auraient souffert d’une usure précoce, ils auraient mal supporté l’humidité locale et les chauffeurs auraient pris trop de raccourcis sur des pistes en terre d’ou il était bien difficile de les extraire une fois les batteries déchargées.

Mais en ces temps de réchauffement climatique et de métropoles asphyxiées, alors que Kinshasa est paralysée par les embouteillages et que j’ai tout le mal du monde à allumer une ampoule de 30 watt dans ma maison… ce projet laisse rêveur.

Posté par cabiau à 09:08 - Les curiosités locales - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mars 2008

Des pains en or...

pain_victoireIl y a quelques semaines, par un heureux hasard, je me suis retrouvé autour d'une pizza avec le directeur d'une grande entreprise brassicole de la place. Comme la musique ou la religion, le houblon est un acteur clé de la vie kinoise. Dans les coins les plus inaccessibles de la capitale, par delà le sable et les érosions, là où il n'y a ni routes ni électricité, la bière est fraîche et abondante.

Au début des années nonante, alors que deux vagues de pillages ruinaient durablement le pays, les brasseries étaient curieusement épargnées... Cela donne une idée de l'importance du personnage sur la scène économique et sociale (!!!) locale. L'homme a une multitude d'anecdotes invraisemblables à partager. Il connaît la ville comme sa poche. Bonheur! Je buvais du petit lait.

Selon lui, il y a trois secteurs particulièrement porteurs à Kinshasa: les télécommunications, la bière et... le pain. Pour les deux premiers, pas de doute possible. La concurrence est acharnée et les publicités colorent la ville. Des milliers de commerces sont repeints à grands frais aux couleurs du sponsor le plus offrant.

victoirePour le pain, cela me semblait moins évident. Je connaissais bien quelques "usines de panification" (= boulangerie industrielle kinoise), mais à cent francs la baguette (0,2$), j'étais loin d'imaginer qu'il s'agissait d'une mine d'or. Depuis cette rencontre, les faits ont confirmé ces prédictions. J'ai ouvert ma propre boulangerie et je suis devenu millionnaire... ... Bon, je plaisante. Mais un autre que moi a connu cette chance. Une immense usine de panification a ouvert ses portes à quelques encablures du stade des martyrs. Les "pains victoires" ont envahi la capitale. Des centaines de mamans sillonnent désormais la ville, leur précieuse cargaison sur la tête. Werrason, la star de la chanson, les a rebaptisés "kanga journée": un pain et tu n'as plus faim... jusqu'au lendemain.

Le revers de la médaille, c'est l'origine de la farine... systématiquement importée! Comme trop de produits consommés ici, chaque pain est un transfert au profit des agro-alimentaires multinationaux. Américains, européens ou brésiliens les heureux producteurs de blés ne parlent pas un mot de Lingala. Dans ce pays au potentiel agricole exceptionnel, n'y a-t-il donc pas moyen de consommer congolais? On en reparlera...

Posté par cabiau à 08:03 - Les curiosités locales - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mars 2008

Pour attirer le client...

Apocalypse

A Kinshasa, on peut dire que la religion est dans tout et parfois même... tout dans la religion. Les Kinois sont très croyants. Comme souvent en Afrique, il est inconcevable de ne pas appartenir à une religion ou de manquer le culte hebdomadaire. Dieu existe. C'est une certitude!

A côté des trois grandes églises traditionnelles (catholique, protestante et kimbanguiste) une multitude d'églises de réveil fleurissent à travers la ville. Elles font chanter les foules et déchaînent les passions.

Évidemment, il y a à boire et à manger dans ces nouvelles formes de spiritualité. De nombreux pasteurs autoproclamés s'enrichissent sur la crédulité de leurs fidèles. Certains peuvent aussi tenir des discours véritablement destructeurs. Le phénomène des enfants sorciers rejetés de leur famille en est le pire exemple.

Dans tous les cas, quelle que soit l'interprétation qui en est faite, la Bible est partout. Ainsi, il n'est pas rare de voire des versets de l'Evangile sur les vitres des taxis ou sur la devanture des magasins. Lorsque la place manque pour écrire une phrase en entier, ses références suffiront... Nul n'est sensé ignorer la Parole de Dieu! Pas sur pourtant que "Apocalypse 22" séduira le touriste de passage...

Posté par cabiau à 14:29 - Les curiosités locales - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »